The original Parking nightclub sign at Rectangle Triangle, 1288-1290 Atateken

Trois clubs, un bâtiment : petite histoire de la danse au 1288–1290 Atateken

Avant les bacs à vinyles et la machine espresso, notre adresse vivait la nuit.

Rectangle Triangle a deux portes — le 1288 et le 1290 Atateken — dans un bâtiment qui a passé une vingtaine d'années parmi les endroits les plus fiables à Montréal pour perdre la notion du temps. Trois clubs se sont succédé ici — le Playground, le Groove Society et le Parking — et à eux trois, ils ont couvert à peu près tout ce que la nuit montréalaise a vécu entre les premiers raves d'entrepôt et la fin de l'ère des mégaclubs. Si vous êtes dans la boutique en train de fouiller les 12 pouces house, vous êtes debout sur cette histoire. Parfois littéralement : une bonne partie s'est passée au sous-sol, et l'after-hours d'en bas répondait au même numéro que celui qui est à côté de notre porte aujourd'hui.

Images de caméscope au Playground, 1995 — le sous-sol au lever du soleil.
D'autres images du Playground, mi-années 90. Vidéos intégrées de YouTube; tous droits réservés à leurs auteurs.
AFTER-HOURS PLAYGROUND mi-90 · 33⅓ TOURS
HOUSE GROOVE SOCIETY 1996–2003 · 33⅓ TOURS
GARAGE PARKING 2000–2011 · 33⅓ TOURS

Un bâtiment, trois époques. Vous avez dansé ici? On collectionne photos et flyers — détails à la fin.

Le Playground : l'after-hours, mi-années 90

Quand la scène rave montréalaise du début des années 90 est rentrée des entrepôts, c'est ici, entre autres, qu'elle a atterri. Le Playground faisait partie de la première vague d'after-hours de la ville — cette série de salles qui compterait plus tard le Sona, le Stereo et l'Aria — et dans l'esprit, c'était à peine un club. Comme le résumait le promoteur Christian Pronovost dans l'histoire orale de la scène montréalaise publiée par Red Bull Music Academy : « Cox and Playground, big-scale clubs, began doing after-hours parties, but it was a rave. »

Les bars fermaient à 3 h; le sous-sol du 1288 commençait à peine à chauffer — pas d'alcool, pas de décor, pas besoin. Mark Anthony — pilier de l'époque des entrepôts et l'un des DJ qui ont bâti la culture after-hours d'ici — y jouait régulièrement, et des décennies plus tard, il classe encore le Playground parmi ses plus beaux souvenirs montréalais, avec les warehouses et le Black & Blue. Les images de caméscope ci-dessus montrent de quoi notre adresse avait l'air au lever du soleil en 1995.

Le nom a changé — la salle a répondu un temps au nom de Storm — puis le sous-sol a eu droit à une deuxième vie.

Le Groove Society : les années feutrées, 1996–2003

En 1996, le même sous-sol rouvre sous le nom de Groove Society, et c'est volontairement tout le contraire du Playground. Là où le Playground était brut, le Groove Society était feutré : murs capitonnés bleu profond, couloirs sinueux comme un labyrinthe de dessin animé, petits salons cachés dans les détours, et — le détail dont tout le monde parle encore — un rideau d'eau derrière le plancher de danse.

La musique était à l'image du décor : une house chaleureuse, groovy, orientée découverte, tenue par une équipe de résidents montréalais redoutable — Alain Vinet, Bruno Brown, Eddie Jasmin, Pat Boogie. Les invités n'étaient pas mal non plus. DJ Shadow y est passé en 1997. Paul Oakenfold y a joué avec Dave Ralph en septembre 1998 — annoncé comme sa première présence à Montréal, quinze dollars à la porte — à l'époque où il était sans doute le plus gros DJ de la planète. Et le club gardait des heures célèbrement étranges : des sessions de jour la fin de semaine, quelque part entre l'after-hours et le dimanche après-midi. Il a tenu jusqu'en 2003 — sept ans, avec un sommet autour du tournant du millénaire, quand un sous-sol de cette rue comptait parmi les meilleurs endroits en Amérique du Nord pour entendre de la house.

Le Parking : la grande salle du Village, 2000–2011

À l'entrée du 1296 du même bâtiment, un ancien garage de mécanique est devenu le Parking — un nom qui faisait un clin d'œil au passé des lieux. Au fil des années 2000, il est devenu l'un des plus gros clubs gais de Montréal, une machine à plusieurs salles : house dans la grande salle à l'étage, sons plus durs et hip-hop en bas au Garage, soirées spéciales dans l'arrière-salle qu'on appelait le Bunker, plus une salle cuir au code vestimentaire strictement appliqué.

L'enseigne rouge originale du club Parking, illuminée dans la boutique Rectangle Triangle, sous un mobile de boules disco
L'enseigne originale du Parking, aujourd'hui chez Rectangle Triangle — boules disco comprises.

Le Parking comptait pour bien plus que sa taille. Les jeudis, avec DJ Mini aux platines, étaient l'une des rares soirées fiables en ville faites par et pour les femmes queers — une soirée où, comme l'a raconté une habituée au projet d'histoire orale des Archives gaies du Québec, « on savait qu'on allait rencontrer plus de lesbiennes, d'avoir des DJettes lesbiennes ». Et bien à la montréalaise, la terrasse roulait tout l'hiver, chaufferettes allumées, couvertures distribuées à la porte. Il a fermé en 2011, et avec lui s'est éteinte l'ère des clubs du bâtiment.

La rue aussi a changé de nom

Un dernier morceau d'histoire : à l'époque des trois clubs, on était sur la rue Amherst, nommée d'après un général britannique surtout resté dans les mémoires pour avoir cautionné la guerre bactériologique contre les nations autochtones. En 2019, Montréal a renommé la rue Atateken — un mot kanien'kéha qui signifie à peu près « frères et sœurs ».

Les clubs étaient déjà partis. Mais quiconque a déjà vu 6 h du matin sur un de ces planchers de danse — gais, hétéros, anglos, francos, et toutes les permutations que le Village accueillait — sait que le nouveau nom décrit ce que ce bâtiment faisait déjà.

Les mêmes salles, un autre tempo

Les salles sont plus tranquilles aujourd'hui. On vend les disques au lieu de les jouer à plein volume — house, techno, disco et tout ce qui gravite autour — avec les tables tournantes, les consoles et le matériel pour les faire jouer, et un café qui garde des heures plus raisonnables que le Playground.

On n'a pas eu à chercher loin pour une relique : l'enseigne originale du Parking est ici, dans la boutique. Venez vous tenir sous le nom une dernière fois.

Si vous avez dansé ici — au Playground, au Groove Society, au Parking, peu importe l'époque — venez nous le raconter. On collectionne les histoires, les flyers et les photos des années clubs du bâtiment : apportez vos originaux à la boutique et on les numérise sur place, ou envoyez-nous vos photos et on les ajoute aux archives avec crédit. Le poste d'écoute est à vous. Et si un disque que vous avez entendu pour la première fois dans ce sous-sol se retrouve dans vos mains à l'étage, c'est exactement le genre de boucle pour laquelle on a ouvert cette boutique.


Sources et lectures : Red Bull Music Academy, « Montréal Rave: An Oral History »; Montréal Concert Poster Archive sur le Groove Society; Archives gaies du Québec, « Les murs ont des oreilles »; les listes d'événements préservées sur Rave.ca; Radio-Canada sur le changement de nom de la rue Amherst.

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